Sur les traces des Chasseurs alpins

Avec leur fameuse « tarte » sur la tête et leur uniforme bleu, les Chasseurs alpins nourrissent, depuis la fin du XIXe siècle, l’imaginaire collectif des populations alpines. Retour sur l’histoire de ces figures militaires incontournables de nos montagnes.

Depuis la fin de la guerre de 1870, la France a les yeux rivés sur la ligne bleue des Vosges. Pourtant, le long de la frontière italienne, le danger se fait de plus en plus imminent, avec la création de troupes spécialisées dans le combat en zone montagneuse : les Alpini.

Face à cette menace, la France décide en 1879 d’expérimenter des manœuvres en haute montagne avec un bataillon de chasseurs à pied, dirigé par le commandant Arvers, montagnard confirmé et membre du club alpin de Lyon. L’opération est un succès. Douze bataillons alpins de chasseurs à pied sont créés dès 1888, afin de défendre la frontière. Les Chasseurs alpins sont nés.Giffard 07 - avant 14 - 6e BCA - bât parte - mitrailleuse

Fanfares et animation

Dès la fin du XIXe siècle, les Chasseurs alpins rencontrent un accueil chaleureux de la part des populations locales. À l’époque, nombreux sont les villages de montagne difficiles d’accès et, pour des régions récemment rattachées à la France comme Nice et la Savoie, la venue de ces militaires en bleu constitue un premier contact avec le monde encore lointain de la République française.

« Pour les habitants de villages enclavés en montagne, l’arrivée des Chasseurs alpins était un évènement très attendu. Il y avait une fanfare, de l’animation et cela apportait une ouverture sur le monde extérieur. Sans négliger l’aspect financier, puisqu’il fallait nourrir et loger cette armée », explique le Capitaine Ariane Pinauldt, conservateur du musée des Troupes de Montagne à Grenoble. Les uniformes, élégants et facilement reconnaissables, complètent le portrait de ces militaires de montagne, dont l’image est bien vite adoptée par le grand public… et les publicitaires.

Au cœur de la vie alpine

Plaque 13 x 18 - 51 - groupe d'officiers 30e BCA avec civils (chalet)À travers la construction de tunnels et de routes, comme celle de la Grande traversée des Alpes, les Chasseurs alpins participent également activement au désenclavement des hautes vallées et à la démocratisation de la montagne. La proximité avec les populations locales est forte. Il n’est pas rare que les militaires aident les villageois – chez lesquels ils logent souvent, pendant la saison estivale – à rentrer les foins, reconstruire des ponts, ou encore, l’hiver, à rechercher des victimes sous une avalanche.

Cette bienveillance réciproque est d’autant plus forte que bon nombre de Chasseurs alpins sont recrutés parmi la population locale, qui constitue un vivier de choix, tant pour sa connaissance du territoire que pour sa résistance aux conditions de vie difficiles en milieu montagnard.

Les Diables bleus

Dès la Première Guerre mondiale, les Chasseurs alpins s’illustrent lors de nombreuses batailles dans les Vosges. Combattants robustes et valeureux, ils sont appelés « schwarze teufel » (diables noirs) par les soldats allemands. Ce surnom se transformera par la suite en Diables bleus, du fait de la couleur de leur tenue.

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Les Chasseurs alpins aménagent peu à peu des routes stratégiques, balisées par des fortifications, qui relient les cols les uns aux autres.

Les Chasseurs alpins aménagent peu à peu des routes stratégiques, balisées par des fortifications, qui relient les cols les uns aux autres.

Malgré de lourdes pertes dans leurs rangs, les Chasseurs alpins acquièrent une réputation nationale qui ne cessera de s’étoffer au fil de leurs interventions et durant la Seconde Guerre mondiale.

Lorsqu’en 1942, l’Armée de Vichy est dissoute, nombreux sont ceux qui rejoignent le maquis. Grâce à leur expérience, ils organisent, forment et entraînent les maquisards au combat, tout en menant des actions de guérilla en direction des troupes allemandes. Après l’automne 1944, les Alpins continuent à jouer un rôle primordial face à la menace germano-italienne qui pèse encore sur les hautes vallées alpines.

 

 

Les Chasseurs alpins aujourd’hui

Déplacements en raquettes d'une unité du 7e BCA lors de l'exercice Cerces (manoevre hivernale de la 27e BIM en terrain §Libre) dans la région de Valloire sous le col du Galibier

Déplacements en raquettes d’une unité du 7e BCA lors d’un exercice, sous le col du Galibier.

Depuis la fin de la guerre, les Chasseurs alpins n’ont cessé de prouver leur légitimité lors d’opérations extérieures en milieu difficile, comme dans les Balkans ou en Afghanistan. « Presque avant d’être des militaires, les Chasseurs alpins sont des montagnards, précise le Capitaine Pinauldt. Leur premier ennemi, c’est l’environnement. »

S’il ne reste à l’heure actuelle que trois bataillons de Chasseurs Alpins – situés à Varces, Chambéry et Annecy – tous gardent la spécificité de cette double identité, entre militaire et montagne. « En plus de l’entraînement classique, ils doivent être capables de se déplacer, de stationner, de combattre en montagne ou encore de survivre sur un piton pendant plusieurs jours, précise-t-elle. Néanmoins, un grand nombre de Chasseurs alpins combattent aujourd’hui sur des missions communes à l’Armée de Terre, et pas forcément en terrain montagneux. »

 

Laura Guilloteau

 

-> Pour aller plus loin…

  • Les Chasseurs alpins : mythe et réalité des troupes de montagne, Marie-Hélène Léon, L’Harmattan, janv. 2009.
  • Musée des troupes de montagne, site de la Bastille (Grenoble). Entrée 3€, gratuit – 18 ans. Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 18h. www.museedestroupesdemontagne.frEntrainementEnAltitude

 

 

 

 

 


 

Une Tarte à toute épreuve

Plus vieille coiffure encore utilisée par l’armée française, la « tarte », large béret alpin bleu foncé, est un symbole identitaire fort des Troupes de montagne. Héritée des montagnards béarnais qui la remplissait de paille pour amortir les chutes de pierre, ses larges bords permettent aux militaires de l’orienter facilement pour se protéger du vent, du soleil ou de la neige. Autre fonction, utile en cas de grand froid : la tarte est assez grande pour s’y réchauffer les pieds ! L.G